Constructeur
Type
Salon > Consoles de salon
Génération
4ème génération
Contributeur
Joy Kreg
(le 26 Jui 2026)
L'histoire du développement de la Sega Multi-Mega (ou CDX) est fascinante, car elle s'inscrit en plein cœur de la période la plus chaotique et créative de SEGA : le milieu des années 90, marqué par la transition brutale entre la génération 16-bits et la génération 32-bits.
Voici les grandes étapes qui ont mené à la création de cette machine.
# 1. Le contexte : Répondre à la "Wondermega" et à la folie du multimédia (1992-1993)
Au début des années 90, l'industrie est obsédée par un mot : le multimédia. Philips sort sa CD-i, Commodore son CDTV, et JVC/Victor s'associe avec SEGA pour créer la Wondermega en 1992.
Si la Wondermega impressionne par ses fonctionnalités (Karaoké, MIDI, design luxueux), elle souffre d'un énorme défaut : elle est gigantesque et vendue à un prix prohibitif (plus de 80 000 yens à sa sortie). SEGA de son côté propose le combo Mega Drive + Mega-CD, mais l'ensemble est une usine à gaz avec deux blocs d'alimentation massifs et un encombrement maximal.
L'équipe de R&D de SEGA reçoit alors une mission claire : reprendre l'idée de la machine tout-en-un, mais à l'extrême inverse. Il faut créer la console la plus compacte possible, unifiée, et lui donner un argument de vente lifestyle unique : devenir un baladeur CD portable (Discman) haut de gamme.
# 2. Le projet secret "Venus"
Chez SEGA, la tradition veut que les consoles ou extensions en développement portent des noms de planètes (le projet Mars pour la 32X, Saturn pour la 32-bits, Neptune pour le combo Mega Drive/32X).
La Multi-Mega a débuté son développement sous le nom de code Project Venus.
L'objectif technique de Venus est un cauchemar d'ingénierie pour 1993 :
- Fusionner deux cartes mères complexes (Mega Drive et Mega-CD).
- Réduire la taille des puces (ASIC) pour minimiser la dissipation thermique (le boîtier n'a pas de ventilateur).
- Concevoir un circuit d'alimentation intelligent capable de basculer sur piles et de désactiver complètement la partie "jeu vidéo" (processeurs graphiques et de calcul) dès que le clapet est fermé et que seul un CD audio est inséré, afin de ne pas vider les piles en 15 minutes.
# 3. Le choix du positionnement "Premium" (1994)
La console sort finalement au premier trimestre 1994. SEGA décide de ne pas la commercialiser au Japon (où la Wondermega de Victor et les déclinaisons de la PC-Engine de NEC occupent déjà le marché de niche). Elle est donc ciblée pour l'Amérique du Nord (Sega CDX) et l'Europe (Multi-Mega).
À sa sortie, elle est vendue à 399 $, un tarif très élevé (la Genesis seule coûte alors moins de 150 $). SEGA ne vise pas le grand public, mais les technophiles, les jeunes adultes et les cadres qui voyagent, en la marketant comme le système de divertissement ultime : console de salon à la maison, et lecteur CD de qualité dans l'avion ou le train.
# 4. Une fin de vie précipitée par la guerre interne (Fin 1994)
La Multi-Mega est née au pire moment possible de l'histoire de SEGA. Quelques mois seulement après son lancement, deux événements vont totalement stopper sa carrière :
**1 - Le projet Mars (Sega 32X)** : Sorti fin 1994 pour prolonger la vie de la Genesis, la 32X vient parasiter le message marketing de la Multi-Mega. Bien que compatibles, le fait que SEGA déconseille officiellement de les associer crée la confusion.
**2 - L'arrivée de la Sega Saturn** : Fin 1994 au Japon et mi-1995 en Occident, la Saturn (génération 32-bits) débarque. SEGA décide de tuer instantanément tous ses projets 16-bits pour concentrer ses lignes de production et son budget marketing sur la Saturn.
Face à cela, SEGA déclare officiellement que la Multi-Mega/CDX n'est plus une "console principale" mais un "produit de niche / novelty item", et cesse sa production après seulement quelques dizaines de milliers d'exemplaires produits.
L'anecdote "Linguaphone" : Preuve que SEGA cherchait à rentabiliser le design de sa machine par tous les moyens avant de tourner la page, la firme a licencié le hardware de la Multi-Mega à la célèbre société de cours de langues Linguaphone. Elle a été rééditée en quantité ultra-limitée sous le nom de Linguaphone Education Gear, servant de lecteur de CD éducatifs interactifs.
L'architecture interne combine les composants phares de la Mega Drive et du Mega-CD sur une carte mère hautement miniaturisée.
# Processeurs principaux (Calcul) :
- Motorola 68000 cadencé à 7,67 MHz (processeur de la Mega Drive).
- Motorola 68000 cadencé à 12,5 MHz (processeur dédié à la partie Mega-CD pour gérer les calculs, les zooms et les rotations d'images).
# Coprocesseur (Gestion sonore et rétrocompatibilité) :
Zilog Z80A cadencé à 3,58 MHz.
# Mémoire RAM :
- 64 Ko (RAM principale MD) + 64 Ko (VRAM vidéo) + 8 Ko (RAM audio).
- 512 Ko (RAM principale CD) + 256 Ko (VRAM dédiée au CD) + 64 Ko (Cache PCM).
# Processeurs audio :
- Puce FM Yamaha YM2612 (6 canaux FM).
- Puce PSG Texas Instruments SN76489.
- Puce PCM Ricoh RF5C164 (8 canaux d'échantillonnage sonore 16 bits, propre au Mega-CD).
# Lecteur optique :
Lecteur CD-ROM simple vitesse (1x), avec un clapet à ouverture manuelle sur le dessus de la console.
# Affichage à cristaux liquides :
Un petit écran LCD rétroéclairé en façade affiche le numéro de la piste CD, le temps écoulé et le mode de lecture lorsque la machine est utilisée en mode baladeur.
# Alimentation :
Bloc secteur spécifique (9.5V, 1.5A) pour le mode salon. 2 piles AA (LR6) pour le mode baladeur (audio uniquement, autonomie d'environ 2 à 3 heures).
# 🕹️ Compatibilités matérielles et logicielles
Ce qui fonctionne nativement :
- Cartouches Mega Drive / Genesis : Le port cartouche situé à l'arrière accepte tous les jeux standard de votre région.
- Jeux Mega-CD / Sega CD : Le lecteur gère parfaitement l'intégralité du catalogue CD-ROM.
- CD Audio (CD-DA) & CD+G (CD+Graphics) : Idéal pour écouter de la musique ou lire des pistes de karaoké graphiques.
# Les périphériques de l'écosystème SEGA
**- Le cas du Mega Drive 32X / Sega 32X :** Oui, il est physiquement et techniquement compatible. Le 32X s'insère parfaitement dans le port cartouche. Cependant, pour des raisons de normes de sécurité (risque de basculement ou interférences électromagnétiques), SEGA déclarait officiellement dans le manuel américain que le combo CDX + 32X n'était pas supporté. Dans les faits, cela fonctionne parfaitement avec les câbles de liaison vidéo adéquats.
**- Master System (via Power Base Converter) :** Non compatible physiquement. La forme inclinée du haut de la Multi-Mega empêche d'insérer l'adaptateur Master System d'origine. Il faut passer par des adaptateurs tiers modernes ou utiliser le Master System Converter II (plus rare).
**- Le mode Baladeur CD autonome :** C'est sa plus grande originalité. Lorsque la console est éteinte et alimentée par piles, vous pouvez brancher un casque sur la prise jack latérale (dotée d'une molette de volume physique) et utiliser les boutons de transport en façade (Lecture, Pause, Suivant, Précédent) pour écouter vos CD musicaux. Le hardware de jeu reste totalement inactif pour préserver les piles.
**- Sauvegardes intégrées :** La Multi-Mega embarque une mémoire interne (Backup RAM) pour stocker les sauvegardes des jeux Mega-CD, similaire à celle d'un Mega-CD classique.
**- Sorties unifiées :** Contrairement aux setups classiques "Mega Drive + Mega-CD" qui nécessitaient parfois des branchements complexes et deux blocs d'alimentation massifs, la Multi-Mega centralise tout. Un seul câble vidéo (le même format Mini-DIN que la Mega Drive 2) et un seul transformateur suffisent pour faire tourner l'ensemble.
La Sega Multi-Mega est un matériel particulier développé par Sega et commercialisé au milieu des années 1990. Il s'agit d'un appareil combinant une Sega Mega Drive, un Sega Mega-CD et un lecteur CD personnel en un seul et même appareil. Cet appareil a été commercialisé en Amérique du Nord sous le nom de Sega Genesis CDX, car la dénomination « Mega Drive » n'était pas utilisée dans cette région, tandis qu'au Brésil, il a été baptisé Multi Mega CDX.
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